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Tout savoir sur le syndrome bébé secoué

Même énervé, épuisé, ne bousculez pas votre nourrisson. Les conséquences pour son cerveau peuvent être dramatiques. Il est fragile ! Les explications et les conseils du Pr Dominique Renier, neurochirurgien pédiatrique à l’hôpital Necker-Enfants-malades de Paris.

A quel moment survient cet « accident » ?

  • Le syndrome du bébé secoué s’observe lors de la première année de la vie, et plus particulièrement vers 5-6 mois. A cet âge, les nourrissons sont très vulnérables en raison d’une tête trop lourde et de la faiblesse des muscles de leur cou.

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Le syndrome du bébé secoué concerne-t-il autant les petits garçons que les petites filles ?

  • Les bébés garçons sont deux fois plus exposés que les filles. L’explication est morphologique : les espaces qui entourent le cerveau sont plus larges chez les premiers. Leur cerveau « flotte » à l’intérieur de la boîte crânienne. En cas de secousse, il va venir s’écraser contre la paroi du crâne, endommageant tout le réseau sanguin.



Comment en arrive-t-on à secouer un bébé ?

  • C’est la conséquence d’un comportement inadapté. Imaginez un bébé qui pleure beaucoup, l’adulte qui s’en occupe n’arrive pas à le calmer, perd le contrôle de lui-même, le secoue brutalement pour l’inviter à se taire.
  • Des études américaines démontrent que le pic de la courbe des bébés secoués suit très exactement celui des pleurs.
  • D’autres manœuvres aboutissent au même résultat : faire du jogging avec un bébé sur le dos, tenter de le réanimer s’il fait un malaise.
  • Enfin, quelques cas sont le résultat d’une véritable maltraitance de la part des parents.

Que provoque la secousse dans le cerveau ?

  • Lors d’un à-coup, la tête du bébé balance violemment d’avant en arrière. A l’intérieur, les vaisseaux sanguins sont cisaillés et rompus, provoquant une hémorragie puis la formation d’un ou de plusieurs caillots (hématomes) autour du cerveau. Ce dernier lui-même peut être atteint et ses propres cellules endommagées. Elles produisent alors des décharges électriques anormales. Le cerveau est en état de « mal convulsif ». Plus la crise se prolonge, plus les cellules nerveuses souffrent, s’atrophient pour finir par mourir.

Quels sont les symptômes visibles chez le bébé secoué ?

  • Les symptômes les plus courants vont de l’irritabilité ou de la léthargie, aux vomissements, aux convulsions, voire à une détresse respiratoire ou une perte de conscience.
  • Dès qu’un bébé a été secoué, son comportement change : il ne peut plus manger, dormir ou jouer de la même façon ! L’adulte ne peut pas l’ignorer.

Quelle est la prise en charge pour un bébé secoué ?

  • La petite victime est accueillie en service de réanimation, où nous pouvons la surveiller 24 heures sur 24. Le bilan comporte un scanner, un électro-encéphalogramme, un examen de fond d’œil pour la détection d’hémorragies rétiniennes et une radiographie du squelette entier à la recherche de fractures associées.
  • Dans 20 % des cas, les bébés « secoués » présentent aussi des fêlures visibles sur les bras ou sur les jambes.

En quoi consiste le traitement ?

  • Il passe par l’administration systématique d’un anticonvulsif pour parer toute nouvelle crise. Parfois, l’état du bébé est très critique à cause de la pression engendrée par l’hématome. Il faut alors le ponctionner, soit à travers la fontanelle, soit par dérivation. Il s’agit de placer un petit tuyau (drain) de la tête vers l’abdomen, afin d’effectuer un drainage vers l’intérieur du corps.

Quelles sont les séquelles ?

  • Un bébé sur deux gardera des séquelles neurologiques graves : un retard intellectuel modéré, une épilepsie, un déficit moteur. 25 % d’entre eux souffriront d’hémiplégie, de cécité, et 10 % malheureusement décéderont suite à cet accident dramatique.
  • Seul moins d’un bébé sur quatre s’en sortira sans trouble évident. Néanmoins, on trouve fréquemment chez ces enfants, quelques années plus tard, des troubles du comportement, des problèmes de mémoire. C’est pourquoi nous avons mis en place un suivi des bébés « secoués ». Nous les revoyons régulièrement en consultation pour faire le point sur leur développement.

Bébé secoué, quel message pour les parents ?

  • Il est simple : on ne secoue jamais un bébé pour le faire taire ! Notre expérience nous a montré que toutes les petites victimes de secousses étaient gardées à domicile soit par leur mère ou leur père, soit par une nourrice. Aucun n’était accueilli en crèche collective. Ce qui laisse à penser qu’un adulte seul face à un bébé peut être beaucoup plus vulnérable !
  • Si la situation devient insupportable, nous conseillons de laisser le nourrisson pleurer dans son lit, de sortir quelques minutes pour décompresser ou d’appeler à l’aide : une amie, les grands-parents doivent pouvoir prendre le relais !

Quelle prévention peut-on mettre en place ?

  • Une fois les soins administrés au bébé, nous devons nous interroger sur les conditions de « l’accident », afin d’éviter tout risque de récidive. Dans presque tous les cas, la vérité a du mal à éclater. Il est exceptionnel qu’une mère, un père ou une nourrice s’accuse de mauvais traitement sur un bébé. On se retrouve le plus souvent face à un déni total.
  • Au sein de notre service, nous avons constitué un comité pluridisciplinaire pour venir en aide à l’enfant mais aussi aux parents et à l’entourage d’un bébé secoué. Médecin, psychiatre, neurochirurgien, pédiatre, assistante sociale réfléchissent ensemble à la meilleure décision à prendre : un suivi social, une aide familiale, un signalement judiciaire…

Les pleurs, un moindre mal

• Rappelez-vous que les pleurs sont le seul moyen pour votre bébé de se faire comprendre. Il a peut-être faim, sommeil, besoin d’être changé, envie d’un câlin.

• Sachez aussi qu’un bébé pleure en moyenne deux à trois heures par jour en dehors de tout besoin particulier. Il doit s’adapter à sa nouvelle vie !Si vous avez tout essayé pour le consoler et que vous perdez patience, couchez-le dans son lit, quittez la pièce et laissez-le au calme.• N’hésitez pas à demander de l’aide avant de perdre patience. Appelez votre compagnon, votre mère, une amie et passez le relais, le temps de souffler un peu. Vous pouvez consulter également la PMI, votre généraliste, votre pédiatre, une assistance sociale. • Enfin, si votre bébé est gardé par une nourrice, assurez-vous qu’elle connaît bien le danger encouru par un petit enfant que l’on secoue.

source: enfant.com

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